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Comment écrire les combats dans un roman ?

Dernière mise à jour : sept. 12

Utilisez ces sensations pour donner une tournure plus approfondie, personnelle et dramatique à votre combat. Ne les oubliez pas : elles sont en fait le cœur de ce que ressent un combattant lorsqu'il se bat. rnées, de course-poursuites échevelées, de combats épiques. Et, soyons honnêtes... en tant que lecteurs qui lisons ce genre de livres, on les attend avec impatience, ces scènes, et on vibre et tressaille avec les personnages au rythme de ces combats.


Oui, mais... en tant qu'auteur.e, comment les écrire, ces scènes ? Et plus exactement, comment BIEN les écrire ?


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Allez, accrochez-vous à vos baskets, je vous file mes tuyaux !


PREAMBULE :


Préparez-vous. Les soldats se préparent avant une bataille, et bien faites de même.

- Préparez l'environnement du combat : dégagé ou dense, obstacles ou non...


- Connaissez les forces en présence : combien contre combien ? Quelles armes de part et d'autre ? Un héro contre cent-cinquante ennemis ?


- Ayez une idée de l'esthétique que vous voulez rendre : on n'écrit pas un combat de la même manière si on veut faire du gore, du suspense, du beau, du pitoyable, de l'épique, du miteux... et les livres, c'est toujours une question d'esthétique.


Allez, vous êtes prêts ?


I - Les Combats vus à distance


Prendre un peu de recul, un pas ou deux, une montagne de recul, un jumbo jet. Vous avez l'idée ?

Il s'agit de raconter la scène d'un point de vue externe (celui du narrateur, par exemple, ou celui d'un observateur à distance), comme s'il voyait la chose se dérouler sous ses yeux, depuis une distance ou carrément, depuis un avion.


Oui oui, vous avez bien lu : un avion. Pourquoi ? Quelques leçons à prendre sur le cinéma :


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Ok, je pense que j'ai pas besoin de préciser, là, hein ? Vous avez l'idée.


Cette technique consiste donc à décrire la scène de manière froide, factuelle, observatrice. Il s'agit de raconter "ce qu'il se passe" durant le combat : les mouvements des protagonistes les uns par rapport aux autres (i.e : filmer une cavalerie lourde qui fonce plein badin sur les lignes ennemies), leurs déplacements dans l'espace que vous avez préalablement délimité, etc.


Pour cette technique, vous aurez besoin de connaitre exactement le déroulement de votre combat. Chaque coup, chaque retournement, chaque changement de place dans l'environnement, doit être pensé, étudié, préparé. Encore une fois, pensez un peu au cinéma : visualisez correctement votre espace (Ville ? Plaine ? Montagne ? Une pièce close ? Où sont les obstacles ? Quelles sont les armes en présence ?), dessinez-le rapidement sur une feuille s'il le faut, mais maîtrisez-le.

Seulement une fois que l'espace est correctement posé et délimité, alors vous pouvez placer vos protagonistes... et qui dit "placer", dit "les déplacer". Filmez votre scène depuis un drone, vous savez, du genre à se déplacer en rond autour de votre combat ? Et racontez calmement ce qu'il se passe. Ce que vous voyez. Ce que vous voulez montrer à votre lecteur, comme s'il assistait à la scène depuis les caméras du drone, lui aussi.



N'oubliez pas : "show, don't tell"


II - Les Combats vus de l'intérieur


Exit, l'avion, le drone, la montagne d'écart. Là, vous êtes en plein coeur de l'action. Et ça rigole pas...

Non, en fait, ça ne rigole pas du tout. Lorsque vous êtes en plein coeur du combat, vous ne voyez plus les choses aussi clairement. L'espace, les mouvements, tout cela devient secondaire, derrière la menace que représente l'ennemi, la violence de la lutte, la douleur des coups.



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C'est le chaos. Ça cogne dans tous les sens, ça défile à une vitesse folle, on n'a pas le temps de tout comprendre, mais peu importe. Ce qui compte, c'est ce que perçoit le personnage que vous suivez. Et pour cela, il faut jouer sur plusieurs tableaux :


- le champ de vision : restreint.

Ça va vite. Les mouvements sont brefs, rapides, et on n'a pas le temps de tout voir. D'ailleurs, on se fiche de tout voir, ce qui compte, ce sont les vraies menaces. Armes, coups de poings, obstacles dans le cas d'une course-poursuite... bref, tout ce qui est susceptible de mettre un terme défavorable à la lutte. Voilà ce que va voir votre personnage, en priorité. Ça et, peut-être, un éventuel sourire diabolique d'un ennemi, qui sait qu'il vous tient dans son piège et qu'il va vous tuer. C'est aussi une menace. Pour le reste, plus rien ne compte. Alors suivez ce modèle. Tant pis si vous ne décrivez pas tout, concentrez-vous sur l'essentiel... à la manière d'un combattant qui se concentre à fond sur son adversaire.


De plus, votre personnage ne voit pas tout, et surtout pas tout ce qu'il se passe autour de lui. Lorsqu'il affronte un adversaire dangereux, il ne peut pas le quitter (trop) des yeux, sous peine de mourir presque aussitôt. Donc, vos descriptions du combat doivent suivre ce modèle : ne décrivez que ce que voit votre personnage. Et s'il se passe des choses dans son dos... passez à l'étape ci-dessous !



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- les sensations : sons, douleurs, chocs, sensations d'une menace imminente.

Un champ de vision restreint, certes, mais on entend, on ressent les coups, on perçoit même, sans trop savoir pourquoi, les menaces qui pèsent sur nous. Particulièrement sous l'effet de l'adrénaline, les sensations sont décuplées. Les sons apparaissent beaucoup plus clairement... un son de pas précipités dans son dos, on sait que quelqu'un nous charge. A fortiori si le quelqu'un porte des vêtements bruyants (au hasard, une armure ou une cotte de mailles si vous écrivez du médiéval). Certaines armes font du bruit lorsqu'on les dégaine, comme les armes blanches (lames, poignard, épée...).

Et puis, l'être humain a ce très étrange et inexpliqué sens de la menace. Vous savez, ce sentiment étrange d'être observé, parfois, sans savoir d'où ça provient ? Beaucoup le ressentent, et ce sentiment est exacerbé lorsque vous êtes en danger de mort !

Alors ce n'est pas parce que votre personnage ne voit pas ce qu'il se passe dans son dos, qu'il ne le ressent pas. Mais si vous devez raconter ce qui se passe derrière lui, exploiter ce champ-là, plutôt que le champ du visuel. Ne dites pas "un autre adversaire fonçait sur lui/elle", mais plutôt "il/elle perçut un mouvement dans son dos. Un bruit de pas. Il/elle réagit d'instinct, bondit de côté. Juste à temps. Un autre adversaire lui avait foncé dessus, dans son dos, prêt à l'embrocher".


Ensuite, on fait rarement un combat sans prendre de coups. Sans s'épuiser, tirer son corps dans ses extrêmes limites pour survivre. Cela aussi, votre personnage doit le ressentir. Sous l'effet de l'adrénaline du combat, ces sensations sont un peu atténuées (la douleur est souvent reléguée au second plan), mais elles sont présentes. Les coups, les blessures s'accumulent, et le personnage, même s'il se relève héroïquement à chaque fois, doit les percevoir, ces blessures, ces chocs.

Un coup dans le ventre, ça vous étouffe brutalement et la douleur est terrible, même si le coup n'est pas si fort. Vous manquez d'air, vous vous pliez en deux même en tâchant de lutter pour rester droit, et c'est normal. Un coup dans la tête : vous avez la sensation que tout tourne autour de vous, que les couleurs disparaissent un peu, et vous éprouvez une espèce de buzz électrique qui vous étourdit un instant. Un coup dans le dos, et là encore, vous perdez le souffle.

À force, vous perdez aussi le sens de l'équilibre, surtout si votre souffle ne suit plus (vous voyez les combattants vaciller un peu, secouer la tête pour tâcher de se ressaisir... et bien c'est ça !). Vous poussez votre corps dans ses retranchements : sous l'effet de l'adrénaline, les performances physiques sont décuplées... mais à quel prix ? Bientôt, votre corps vous fait sentir qu'il ne suivra pas longtemps à ce rythme. Les muscles hurlent de douleur, et si vous n'en tenez pas compte, vous risquez de vous effondrer sans vous en apercevoir.


Utilisez ces sensations pour donner une tournure plus approfondie, personnelle et dramatique à votre combat. Ne les oubliez pas : elles sont en fait le coeur de ce que ressent un combattant lorsqu'il se bat.



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- les mouvements : rapides, saccadés, instinctifs.

Inutile de décrire le détail de chaque pas, de chaque technique. Comme dans le combat que vous racontez, allez à l'essentiel, vous aussi. Un pas de côté pour éviter un coup, une droite, un coup de feu... C'est tout ce qui importe. Pas la peine de raconter le détail du détail. Dans un combat, on n'a pas le temps de s'en préoccuper. Chaque mouvement compte... et pour vous, auteur, chaque mot compte.

Privilégiez les phrases brèves, percutantes comme les coups qu'échangent vos protagonistes, les mouvements saccadés et immédiats, les déplacements à l'instinct.


- les pensées : succinctes, brèves, orientées sur la survie... mais essentielles malgré tout.

Là encore, votre combattant est sous l'effet de l'adrénaline. Cela accélère incroyablement le fonctionnement du cerveau, qui se met à penser plus vite, plus distinctement, plus clairement. Vous avez l'esprit qui s'est affuté pour le combat, et tout est perçu avec une acuité décuplée. Cela donne la très étrange impression que le temps se ralentit, parfois, simplement parce que vous réagissez et pensez plus vite que d'habitude.

Le cinéma fait transparaitre cet effet au travers de scènes au ralenti. Et bien vous aussi, placez du ralenti sur certains moments critiques... au cours desquels le personnage a le temps pour une pensée. Parfois, un simple juron, exprimé dans son esprit, et tout est clair : il sait qu'il va s'en prendre une.


Un exemple ?

Son épée pourfendit en une seule fois une tête encapuchonnée de pourpre qui tentait toujours de prendre position sur la place. Il s’effondra sur son confrère aussitôt.
Derrière lui, une arbalète était crantée et braquée sur Mesha, en bas de la venelle.
Peste !

Oui, "peste". C'est un juron que Mesha affectionne particulièrement... et il veut bien dire ce qu'il veut dire. Elle a le temps d'apercevoir l'arbalète, et de jurer dans son esprit, car elle sait qu'elle va se prendre un carreau d'un instant à l'autre.



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III - Mixez les deux façons


Et oui. Vous savez faire une scène de combat de loin, et vous savez en faire une vue de votre personnage... vous pouvez alterner. En plein milieu de votre combat. Oui oui ! Je vous assure !

Alors évidemment, tout dépend de votre point de vue narratif ! Si vous écrivez à la première personne, il devient très difficile de vous éloigner de votre narrateur et de décrire les choses qu'il ne voit pas (et donc, qu'il ignore). Si vous vous octroyez parfois la liberté de changer de point de vue (romans polyphoniques), vous pouvez placer un autre personnage à distance, qui suivra le combat de loin et décrira ce qu'il perçoit, en guise d'astuce pour faire votre scène de loin. Sinon, vous êtes bloqués avec le point de vue strictement interne, mais ce n'est pas grave, s'il est bien mené !


En revanche, si vous avez un narrateur externe, alors, vous êtes parfaitement libre de zoomer sur votre personnage, dézoomer sur la scène globale, zoomer de nouveau... comme dans le cinéma !


IV - Et concernant l'écriture


Vous l'aurez compris, un combat, ça va vite. Très vite. C'est dynamique. Alors, privilégiez une écriture dynamique. Des phrases courtes. Des mots seuls, parfois. Des visions. Des coups. Des pensées passagères. Pas de verbes. Pas toujours. Des couleurs, des chocs, des sensations, des bruits. Des champs lexicaux : chaos, apocalypse, enfer. La clameur horrifiée des mourants qui tombent par dizaines sur le champ de bataille. Le rugissement des moteurs des véhicules qui vous poursuivent sans relâche. Les détonations sourdes des coups de feu qui fusent autour de vous. Survivre, quoi qu'il en coûte.


Vous avez fait attention à ce paragraphe ? Il y a beaucoup de points, peu de verbes, des mots brefs, des phrases brèves, vous avez vu ? Oui, les mots les plus longs font 4 syllabes max, et ils ne sont pas nombreux. Les mots, dans l'ensemble, font entre 1 et 3 syllabes... et on passe à la suite. Il y en a même beaucoup qui n'en font qu'une, de syllabe : "chocs", "bruits", "chaos", "tombent", "coups", "feu", "coûte"... j'en passe. En une syllabe, c'est un coup. Une inspiration, à peu près. Deux syllabes font davantage penser à une respiration complète : inspiration, expiration. Alternez les deux, vous avez un effet respiration / coup / respiration / coup.

"des couleurs (inspire, expire), des chocs (aïe !), des sensations (inspire, expire, bloque), des bruits (aïe !)".

"chaos (aïe), apocalypse (inspire, expire, bloque), enfer (ok, là ça marche à moitié)".


Préparez votre champ lexical à l'avance. Ayez une petite idée des mots que vous comptez placer, et choisissez soigneusement leur ordre. Comme on choisit soigneusement l'ordre de ses mouvements pour combattre. Au milieu de vos phrases brèves, placez quelques phrases plus longues, quelques mots plus longs, pour simuler une petite accalmie... un nouveau silence... un nouveau choc, et on repart !

Préparez également votre science des armes et du combat. Renseignez-vous sur le détail des armes qui seront utilisées, comment elles fonctionnent. Il n'y a rien de moins crédible, à mon sens, qu'un 9mm qui tire sans discontinuer en tir automatique pendant 20 minutes, ou qu'un individu qui dézingue une voiture à coup de RPG en se tenant à 5m de la cible. Rencardez-vous ! Combien de munitions pour vos armes à feu ? Combien de coups ? Limitations d'usage des armes (non, on ne reste pas à quelques mètres de l'explosion d'un RPG... non, on ne tire pas une roquette sur un type tout seul... non, une épée longue n'est pas nécessairement pratique dans un combat rapproché...). Connaissez bien les techniques qui y correspondent (escrime, rechargement d'une arme à feu, stratégie de bataille). Cela vous servira pour utiliser pile poil les bons mots : comme je le disais, chaque mot compte. Cela vous servira aussi pour éviter les grosses incohérences (type cinéma hollywoodien).


Et enfin, je le redis :

CONNAISSEZ L'ENVIRONNEMENT DU COMBAT !

(oui, c'est peut-être spectaculaire de se faire projeter sur une table et de la fracasser en deux... mais si vous êtes en plein milieu d'une rue, ça n'a aucun sens. De même que vous ne pouvez pas vous battre en plein milieu d'une salle à manger s'il y a une table à cet endroit-là ! Faites gaffe où vous mettez vos personnages et ce qui les entoure, quoi. Il n'y a guère que dans les jeux vidéos qu'il peut y avoir des objets qui poppent, ou qu'on peut en traverser certains sans le vouloir à cause des glitch).

CONNAISSEZ LES FORCES EN PRESENCE !

(un combattant contre dix, à première vue, ça va être tendu, et il va falloir trouver des astuces... évitez les films hollywood où le héros est cheaté et massacre tout le monde à lui tout seul... sauf s'il est vraiment cheaté, mais là, c'est une autre histoire...)



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Voilà, est-ce que cet article était très long ? Oui, surement. Alors voici donc une petite patate pour me faire pardonner.




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